Sortir la nuit

La nuit n’est pas le domaine naturel de sapiens. C’est pourquoi, depuis longtemps, elle fait peur et rebute.
Pourtant, aujourd’hui la donne a changé. Certains progrès technologiques permettent de s’y sentir plus à notre aise et entrevoir des sorties naturalistes intéressantes.
Ainsi, il y a mille raisons pour sortir la nuit, quoi qu’il en soit, et comme pour une sortie diurne, cela se prépare, d’où le but principal de ce tutoriel.

Déjà, et afin d’être parfaitement clair, cet article est destiné aux personnes souhaitant effectuer des sorties nocturnes à finalité naturaliste (photos, sons, astro…) et/ou artistique. Il n’est nullement ici question de se faire peur ou de rechercher des aliens, fantômes ou zombies. Donc, si votre objectif est de sortir afin de visiter un cimetière, une maison ou une usine abandonnée ou dans tout autre but que ceux énoncés plus haut, passez votre chemin !
Ensuite, et pour vos premières sorties nocturnes, je ne peux que vous conseiller de vous joindre à une personne de confiance habituée à ce type particulière d’excursion, tout en posant au préalable un cadre précis à la sortie comme, et à minima, ne pas se faire peur et ne pas crier – la nuit est aussi un monde plus silencieux qu’il convient de ne pas perturber.

Je complèterai également mes propos par des anecdotes personnelles. Et, en tant que chiroptérologue et plus largement sondier, en amateur éclairé, j’orienterai la phase préparation et sortie en fonction de cette particularité, mais bien entendu ce que je vous présenterai s’applique et s’adapte tout autant aux autres activités observationnelles. Mais, avant de passer à ces étapes plus opérationnelles, je tenterai de démystifier le monde de la nuit puis d’expliquer ce que vous pourrez y voir, y entendre, y ressentir puis comment mener sa sortie et organiser son retour…

Démystifier la nuit

Jusqu’à il y a peu, la nuit possédait un caractère lugubre et inquiétant. Voilà un siècle, dans les campagnes, on clouait aux portes des fermes des chauves-souris ou des rapaces nocturnes afin de se protéger des mauvais esprits de la nuit.

Jusqu’à la démocratisation de l’éclairage public, d’abord dans les grandes villes et plus récemment dans les campagnes, sapiens ne vivait pas, ou peu, après le coucher du soleil. Les bougies avaient une durée de vie limitée et ainsi la civilisation suivait principalement le rythme du cycle solaire, variable selon la latitude du lieu où vous habitiez et donc des saisons.
La nuit a donc toujours été perçue comme un moment dangereux où les loups et d’étranges animaux se meuvent librement à la recherche de proies. Elle est aussi le royaume de prédilection des sorcières et morts-vivants et annonce également les catastrophes via l’apparition de comètes.
Il est troublant de remarquer que l’éclairage des cités se développera parallèlement à la littérature fantastique avec notamment des premiers romans comme Dracula, Frankenstein ou L’Étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde. Comme si, alors que nous pouvions enfin nous mouvoir avec plus de sécurité, nous devions absolument y réintroduire du danger.
Puis, après la Seconde Guerre mondiale cela sera les apparitions récurrentes d’OVNI et de méchants E.T. qui feront la une des journaux ; également accompagnées par l’édition d’une flopée de romans de SF mettant en vedette des martiens et autres petits gris.

Mais peu à peu le progès technologique permettra de démystifier le monde nocturne.
A la fin des années 30 que des chercheurs découvriront que les chauves-souris émettent des ultrasons pour se déplacer et chasser. Mais il n’y a qu’une petite dizaine d’années que le matériel d’écoute, les batboxes, devient enfin abordable pour les passionné-e-s non professionnel-le-s (encore faut-il être suffisamment passionné pour investir quelques centaines d’euros).
Récemment ce sont aussi les caméras infrarouges qui permettent d’obtenir des images nocturnes fidèles au monde animal. Utilisées plus particulièrement par les documentaristes professionnels certains modèles plus ou moins grand public deviennent accessibles.

Ainsi, la nuit devient de plus en plus intelligible aux yeux du commun des mortels bien que les préjugés la concernant sont toujours fermement implantés dans nos esprits. Mais il n’en demeurent pas moins que nos sens (la vision notamment) sont plus adaptés au monde diurne.
Pour ma part, et malgré des centaines d’heures passées en balades nocturnes, jamais je n’ai croisé d’OVNI, d’E.T., de zombies ou d’autres créatures effrayantes ; par contre des renards, des hérissons, des rats, des hiboux, des étoiles filantes et des fêtards ou des mecs bourrés rentrant chez eux… oui j’en ai rencontrés. Il n’y a qu’une fois où j’ai été pris de panique lors d’une sortie. Et comme vous le verrez ci-dessous il n’y avait pas de quoi !

Anecdote : un soir d’été je me baladais dans le jardin de mes parents avec une batbox afin d’écouter les chauves-souris. Il est bon de préciser que ce jardin ne fait guère plus de 500 m², nous ne sommes donc pas dans le cas d’une sortie en pleine forêt, mais dans un environnement que je connais très bien et très limité en termes de taille.
Mais ce soir là point de chauves-souris et, tout à coup, la batbox se met à émettre un son métallique alors que je me trouve devant un arbuste. J’éteins la batbox, mais je n’entends rien, je la rallume le son métallique reprend.
Et allez savoir pourquoi, mais je me suis alors imaginé un E.T. produisant ce son. Non pas le gentil E.T. botaniste de Spielberg, mais plutôt un E.T. qui allait surgir de l’arbuste d’un moment à l’autre pour me bouffer ou m’amener dans son vaisseau pour me faire des trucs bizarres.
Mon cerveau étant parti en vrille je décide donc de rebrousser chemin, tout en faisant bien attention que rien ne me saute dessus, et de rentrer à la maison.
C’est la seule et unique fois que j’ai ressenti du danger lors d’une sortie nocturne. Après vérification auprès d’une copine chiroptérologue cela devait juste être un orthoptère (grillon, criquet) qui n’émet ses stridulations que dans les ultrasons et qui ne sont donc détectable qu’avec une batbox et inaudible à l’oreille… parfois on se fait peur pour pas grand-chose !

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