De l’escargot aux mini sons

Cette semaine est passée dans le Journal minimal le mini son, pris au printemps dernier, d’un escargot mangeant une feuille de salade. Je vais ici vous présenter comment m’est venue l’idée de capter ce mini son en particulier et ainsi de lancer cette collaboration avec le Journal minimal.

 

Captation d’un escargot qui mange une feuille de salade par un pro

Il y a 2/3 ans alors que je me formais à la prise de son en autodidacte et que je bouffais tant des livres que des sites internet ou des vidéos en ligne, je tombais sur le documentaire ci-dessous. Celle-ci, de la BBC datée de 2012, mets en scène Chris Watson, un audionaturaliste britannique parmi les plus réputés, dans une chambre anéchoïque (j’y reviendrai) enregistrant de tous petits sons naturels, dont un escargot mangeant une feuille de salade, la vidéo est ici placée au moment de cette captation.

 

Le matériel utilisé

Revenons brièvement sur l’espace de travail et le matériel utilisé par Chris.

Ils se trouvent donc dans une chambre anéchoïque, autrement connue sous le vocable de chambre sourde. Il s’agit d’une pièce qui est suspendue dans une pièce, dans sa version minimale et qui peut à nouveau être suspendue dans un plus grand espace. Expliqué différemment pour que vous compreniez bien, prenez un grand espace, en général enterré afin d’être à l’abri des bruits extérieurs de surface, puis suspendez-y une seconde pièce avec des liens dans les coins supérieurs et des ressorts dessous pour limiter au maximum la transmission des vibrations sonores externes. Vous pouvez à nouveau suspendre une troisième pièce dans la seconde afin de maximiser le processus. Enfin, vous traitez la dernière chambre avec des matériaux acoustiques sur les murs (les pics en mousse noire que vous voyez dans la vidéo) et vous obtenez ainsi une pièce ou le bruit de fond sera minimal à moins de 10 dB. À titre de comparaison, 10 dB correspond à peu près au bruit de fond au fin fond d’un désert, 20 dB est le bruit de fond dans un studio professionnel, 40 dB est le bruit de fond dans chacune de nos chambres, 60 dB le bruit fait par une conversation, 80/85 dB par une tondeuse à gazon à un mètre, 140 dB par un réacteur d’avion de chasse et fixe la limite où vous avec de risques quasi certains de dommage pour l’oreille si vous ne portez pas un casque antibruit. Il est bon de savoir également qu’à une si faible pression acoustique la plupart des personnes présentent des troubles au bout de 10 mn et au maximum n’arrivent à rester dans la pièce, pour les plus habituées, qu’au mieux ¾ d’heure.
Bref, tout ceci pour que vous compreniez bien que ce type de structures est relativement rare, il n’en existe que quelques-unes dans le monde, dont une à Paris à l’IRCAM près du centre Pompidou, et coûte surtout des centaines de milliers, voire des millions d’euros à concevoir et construire. En général ce sont des chambres exploitées à titre expérimental et de recherche acoustique.

Voyons maintenant le matériel utilisé et en premier lieu la mixette, c.-à-d. l’enregistreur sur lequel se connecte le micro, elle est ici de la marque Sound Device, l’une des plus réputées dans le domaine, et après avoir fait un arrêt sur image, j’ai pu retrouvé ce modèle vendu d’occasion, car elle ne se fabrique plus actuellement, à un prix autour de 2500/3000 EUR. Nous avons donc ici du matériel haut de gamme ce qui est normal pour quelqu’un dont c’est le métier.
Concernant le micro je n’ai pu trouver le modèle exact, mais il doit s’agir d’un micro à haute sensibilité avec un rapport signal sur bruit intéressant, tel que le mien et j’y reviendrai ci-dessous.

 

L’idée des mini sons

De là est donc née l’idée de capter de tout petits sons à peine, voire non audibles à l’oreille.

Je suis ainsi parti dans un premier temps à la recherche de la capsule la plus adaptée. La capsule étant l’élément électronique qui capte le son, reste alors à lui adjoindre un petit circuit électronique qui préamplifie et transmet le signal électrique vers l’entrée jack ou XLR d’un enregistreur ou d’une carte son (je ne développe ici pas plus la chaîne du son).
Après quelques recherches, je découvre une base donnée sur un site marchand de composants électroniques et, en filtrant les capsules les plus sensibles je trouve une marque, Primo, située au Texas qui fabrique de telles capsules hypersensibles avec en plus un rapport signal sur bruit intéressant.
Mais, avant de passer à l’achat desdites capsules, je poursuis ma recherche afin de vérifier si ces capsules Primo ne seraient pas déjà disponible directement utilisables avec un enregistreur. Je tombe alors sur le site https://micbooster.com/ qui propose en effet ces capsules montées avec des sorties jack et XLR. Je commande donc deux micros, un omnidirectionnel, le second cardioïde. Le coût unitaire de chacun de ces micros est d’environ 50/60 euros.

À la réception des micros, je mets directement en pratique la prise de mini son avec une bière, comme il se doit, et dont vous retrouverez une explication en cliquant ici…

Par la suite, et principalement lors de sorties, je capte notamment le son de divers insectes : abeilles, bourdons, mouches…

 

Édouard l’escargot

Mais, j’avais toujours dans un coin de ma petite tête, l’enregistrement de la mastication d’un escargot. Ainsi, pendant le confinement, vers la fin avril, je profite d’une matinée après une nuit de pluie, pour sortir à la recherche d’un sujet (avec mon attestation comme il se doit).
Rapidement je tombe sur un premier spécimen que je mets dans une boîte avec de la salade. Mais celui-ci étant de petite taille je continue mes recherches. Heureusement que je l’ai trouvé d’emblée, car ensuite je n’ai pas vu l’antenne d’un seul autre escargot. Je le ramène donc chez moi pour le mettre dans une plus grande boîte avec de la salade à disposition et un peu d’eau.
Le pauvre animal sans doute effrayé par ce rapt imprévu reste prostré dans sa coquille pendant une journée ? Pour ma part je le prénomme, allez savoir pourquoi, Édouard et le laisse tranquille pour ne pas l’apeurer encore plus. Et puis, le dimanche matin en observant la boîte je m’aperçois qu’Édouard est sorti et apparemment il mange la salade. En quelques minutes je cleane acoustiquement mon appart tel que décrit ci-dessus, je démarre l’enregistreur, je mets les écouteurs et j’approche le micro… et là surprise, j’entends les bruits de mastication !
Je lance l’enregistrement pendant une bonne minute puis je coupe, je charge le fichier, j’écoute à nouveau son mon PC et c’est dans la boîte ! Immédiatement je ramène le pauvre Édouard sur le lieu de son enlèvement tout en lui laissant la salade encore non consommée.

Quelques nuits plus tard, je traite le fichier, ce qui a été relativement facile vu la simplicité avec laquelle j’ai capté le son alors que je m’attendais à galérer. J’envoie le fichier à Emmanuelle en vue d’un passage dans le Journal minimal ce qui fût fait mardi dernier : https://lejournalminimal.fr/enregistrement-03-entendre-un-escargot-manger-de-la-salade/

 

Conclusion

Comme je le disais précédemment je m’attendais à réellement galérer pour capter ce son vu les moyens mis en place dans la vidéo et, pour rappel : prise de son dans une chambre sourde à plusieurs centaines de milliers d’euros et mixette professionnelle à 2500/300 euros.
Pour ma part j’ai réussi la même prise de son dans mon studio, avec un enregistreur à 100 balles (je n’avais encore que mon Zoom H1) et un micro à 50 !
Nous sommes donc vraiment dans le minimalisme le plus basique !!!

Mais, se pose alors la question : qu’est ce que je peux encore capter comme mini sons étonnants ?
Et bien tout ce que je peux vous répondre est : attendez-vous à des surprises !!!!!

 
 

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